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Fièvre jaune, hier et aujourd’hui

C’est incontestablement la couleur de l’hiver. Gilets obligent, le jaune a fait irruption dans l’actualité, au point qu’on n’a sans doute jamais autant parlé d’une teinte à la symbolique riche et ambigüe. Petit retour historico-graphique sur une couleur pas comme les autres.

Hier

C’est la couleur du soleil, des épis de blé, du maïs et de l’or, son nom en héraldique1. Les habitants du Nord la connaissent bien : c’est sur elle que se dessine la silhouette du lion noir des Flandres, avec ses griffes rouges. C’est la plus chaude, la plus éclatante et la plus solaire des couleurs et ce n’est pas Van Gogh qui dira le contraire : pensez à ses champs de blé…

 

 

Mais c’est aussi, au moins dans l’histoire occidentale, la couleur de la maladie et de la trahison, celle que porte Judas lorsqu’il trahit le Christ et qu’on peignait sur les maisons des traîtres, celle qu’on associe aux ouvriers briseurs de grève (les “jaunes” dans la tradition ouvrière), celle enfin de la rouelle, ce signe médiéval réservé aux Juifs, ancêtre de l’étoile qu’ils furent contraints de porter sous l’Occupation.

C’est la couleur du rire jaune, ce rire gêné et nerveux, si éloigné du rire franc, joyeux et gai. Bref : le jaune, comme tout symbole, est double – mais peut-être un peu plus que d’autres.

Aujourd’hui

Bon, et en graphisme ? Que devient une couleur qui est longtemps restée la moins aimée des Français 2 ? Eh bien tout dépend. Design, mode, communication… Le jaune ne disparaît jamais complètement, n’occupe jamais complètement l’espace non plus sauf dans des champs précis comme la sécurité : comme le rouge, le jaune est une star des chantiers où on l’apprécie pour sa capacité à attirer l’œil et l’attention. Dans le monde du cinéma aussi, on use et on abuse du jaune sur les affiches, de Little Miss Sunshine à Kill Bill.

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1 La science des armoiries et des blasons, ancêtres de nos logos modernes

2 Leur préférée ? Le bleu.

 

 

Ailleurs ? Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, il provoque une émotion sur laquelle les graphistes se font un plaisir de jouer en jouant sur le fait que s’il existe 50 nuances de gris, on trouve des centaines de nuances de jaune, du canari à l’or en passant par le sable ou le citron. Sur leurs palettes, les créatifs se font une joie de valoriser leurs messages en jouant sur les combinaisons : pour stimuler la vue et souligner un effet, le jaune se marie avec le noir, le kaki, le bleu roi, le prune… Objectif ? Créer un contraste, donne du rythme, réveiller l’œil et jouer subtilement sur le jaune pour pointer par petites touches ce qui mérite de l’être : un verbatim frappant, un chiffre surprenant, un titre qui mérite d’être souligné… Bref : capter l’attention sans agresser le lecteur ou le spectateur. Tout un défi…

Aller plus loin
Michel Pastoureau et Dominique Simonnet, Le petit livre des couleurs, Éditions du Panama, 2005.

Auteur


Jean-Christophe Piot

Jean-Christophe Piot

Consultant - Rédacteur partenaire