Stratégie éditoriale, Tendances

Communication des entreprises : se saisir (ou pas) de l’écriture inclusive ?

Un an après la parution du premier manuel scolaire inclusif par Hatier, les atermoiements des institutions et la tornade médiatique qui ont suivi, un point d’étape s’impose. Si aucun cadre légal ne régit actuellement sa pratique, force est de constater que l’écriture inclusive a continué de gagner du terrain dans les médias plus ou moins traditionnels. Et en entreprise ?

Écrivez comme vous voulez !

Chacun est libre d’écrire comme il ou elle l’entend. La langue est vivante, et ce n’est pas l’Académie française qui dit le contraire, réaffirmant dans sa déclaration du 26 octobre 2017 sa mission d’en codifier ses évolutions et innovations. Les Immortels y lançaient tout de même un « cri d’alarme« , tandis que le Premier ministre invitait, quant à lui, dans une circulaire parue le 22 novembre 2017 au Journal officiel à ne pas faire usage de l’écriture dite inclusive dans les textes officiels. Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l’Éducation nationale, avait également affirmé son opposition à l’écriture inclusive, la jugeant complexe et pas nécessaire, tandis que le linguiste Alain Rey la prédisait « vouée à l’échec. » Dans le même temps, le Ministère du travail faisait résonner un autre son de cloche, recommandant son emploi en entreprise avec la publication d’un guide, tout comme le Haut conseil pour l’égalité entre les femmes et les hommes et son Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe.

Des cercles militants à la place publique ?

Longtemps le seul apanage des médias engagés sur le front de la défense des droits des femmes, l’écriture inclusive se fraie petit à petit un chemin dans le monde des médias, d’abord digitaux (du féminin Madmoizelle.com au généraliste Slate.fr). Les titres traditionnels et leurs pendants numériques restent frileux, mais le débat se déroule ouvertement chez certains d’entre eux (comme chez Libération ou au Monde). Rien ni personne n’en imposant l’usage, l’écriture inclusive relève donc davantage de la posture politique. On peut les aborder comme un terrain glissant ou s’en saisir comme une opportunité de différenciation : tout dépendra de la cible et des objectifs de la communication. Il est encore tôt pour affirmer que l’écriture inclusive conquerra la langue française ou non, cependant, les outils pourraient bien en faciliter la pratique dans un futur proche. L’Afnor, par exemple, dans sa consultation publique sur l’évolution du clavier français, envisageait l’introduction du point médian ; le logiciel Word dont la dernière mise à jour propose une option « langage inclusif » ; en ligne, les ressources et outils se multiplient.

Au-delà du point médian et du féminisme

C’est autour de lui que toutes les crispations qui entourent l’écriture inclusive se cristallisent, pourtant, ce signe typographique n’est qu’un outil parmi d’autres. Du côté des solutions complémentaires ou alternatives qui passent toutes seules, même auprès de lecteurs pas forcément sensibilisés, on trouve par exemple la double flexion : c’est l’utilisation d’un mot au féminin et au masculin (comme dans « nos collaborateurs et collaboratrices »). Opter pour un vocabulaire épicène (qui ne change pas de forme entre le masculin et le féminin) est aussi une option : « notre équipe ». De la même manière, la réflexion sur l’écriture inclusive dépasse le cadre de l’égalité entre les femmes et les hommes, auquel on la cantonne trop souvent. Elle ambitionne ainsi également d’inclure les personnes au-delà de leur genre et/ou orientation sexuelle, permettant également de lutter contre les stéréotypes (« les infirmiers et les infirmières » plutôt que « les infirmières »).

À retenir

  • Rien n’est obligatoire, mais ça vaut le coup d’y réfléchir !
  • Les options sont nombreuses pour une écriture plus égalitaire fluide.

Auteur


Cécile Descamps

Cécile Descamps

Consultante éditoriale